Toujours en Birmanie

Publié le par Alluvions

Le 16 octobre 2007


Les Etudiants de la Génération 88, Rangoon, Birmanie

Au Secrétaire Général M. Ban Ki-Moon

Et aux représentants des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies.

Comme vous le savez, nous sommes recherchés par la police et risquons d’être arrêtés à n’importe quel moment. Même dans de telles conditions, nous continuons à nous engager pour l’avènement d’une réconciliation nationale pacifique en Birmanie. Il est probable que cela soit la dernière lettre que nous vous envoyons avant d’être arrêtés et torturés : cette lettre est d’une urgence capitale.

Nous nous réjouissons de la déclaration du Conseil de sécurité des Nations Unies du 11 octobre 2007 dans laquelle le Conseil « déplore vigoureusement l’usage de la force à l’encontre des manifestants pacifiques en Birmanie et met l’accent sur l’importance d’une libération rapide de tous les prisonniers politiques et détenus ». Le Conseil de sécurité « insiste également sur la nécessité de la part du Gouvernement birman de créer les conditions favorables à l’établissement d’un véritable dialogue avec Daw Aung San Suu Kyi et l’ensemble des partis politiques et des minorités nationales concernés, dans le but de parvenir à une réconciliation nationale prenant en compte l’ensemble des acteurs sous l’égide des Nations unies. »

Nous espérions que cette décision unanime des membres du Conseil de sécurité permettrait de contraindre le régime militaire birman à cesser toute violence et arrestation contre les manifestants pacifiques, à traiter avec humanité les détenus et à relâcher l’ensemble des prisonniers politiques dont Daw Aung San Suu Kyi. La réaction du régime militaire birman est, en réalité, diamétralement opposée. Alors que le régime annonce au monde entier qu’il souhaite dialoguer avec Daw Aung San Suu Kyi, il n’hésite pas à utiliser la violence et les arrestations arbitraires pour venir à bout des forces démocratiques.

Le régime militaire birman a rapidement rejeté la déclaration du Conseil de sécurité à travers le communiqué No.3/2007 publié le 12 octobre 2007 dans le quotidien officiel, le New Light of Myanmar. Dans sa réponse, le régime militaire a prétendu que la déclaration du Conseil de sécurité ne correspondait pas aux aspirations de la population birmane dans son ensemble et qu’il poursuivrait le processus initié par la feuille de route en sept étapes.

Le 13 octobre 2007, trois des derniers dirigeants de notre groupe des étudiants de la Génération de 88, Htay Kywe, Aung Thu et Thin Thin Aye (Aka) et Mie Mie, furent arrêtés par les forces de sécurité.

Les militaires ont procédé à de nombreuses arrestations d’activistes à travers tout le pays et obligé des milliers d’étudiants, fonctionnaires et civils à participer aux grands rassemblements de soutien à la Convention Nationale organisés par la junte et à dénoncer les opposants.

Des milliers de manifestants, dont des moines et des étudiants, souffrent toujours de mauvais traitements et sont atrocement torturés dans des centres de détention. Certains sont même décédés lors de leurs gardes à vue. De nombreux moines sont contraints de quitter la robe monastique et sont envoyés dans des camps de travail forcé. Le régime militaire cherche à maintenir un climat de peur et le peuple birman vit continuellement dans la terreur et la brutalité.

Il apparaît ainsi que la déclaration du Conseil de sécurité n’a pas eu les effets escomptés et que des mesures plus fermes doivent être adoptées dans les plus brefs délais.

C’est la raison pour laquelle nous demandons au Conseil de sécurité des Nations unies :

1° d’adopter une résolution contraignante assortie de sanctions ciblées telles que l’interdiction d’investir en Birmanie et un embargo sur les armes. Le Conseil de Sécurité doit également appeler le régime :

- à cesser immédiatement les arrestations ainsi que les violences à l’encontre des manifestants pacifiques ;

- à libérer tous les détenus et prisonniers politiques dont Daw Aung San Suu Kyi ;

- à engager un dialogue politique ouvert et sensé avec la Ligue Nationale pour la Démocratie et les représentants des minorités nationales afin d’établir une véritable réconciliation nationale et la démocratie ;

- à cesser les offensives militaires et les hostilités dans les régions peuplées par les minorités nationales ;

- à lever toutes les restrictions imposées au CICR et aux ONG humanitaires ;

Le Conseil de Sécurité devra avoir recours à des sanctions plus fermes si ces demandes ne sont pas satisfaites.

2° de mandater à nouveau l’envoyé spécial des Nations unies, M. Ibrahim Gambari, en Birmanie et de lui demander d’y rester aussi longtemps que nécessaire pour faciliter un dialogue politique réellement significatif.

La présence permanente des Nations unies en Birmanie pour surveiller et contrôler la situation ainsi que pour faciliter le dialogue politique est dorénavant plus que nécessaire.

Nous demandons également au Secrétaire général :

3° D’immédiatement rentrer en contact avec le Général Than Shwe afin de l’exhorter à mettre un terme aux tortures infligées actuellement aux détenus et à satisfaire sans plus attendre les exigences exprimées dans la déclaration du Conseil de sécurité. Le rôle de l’ambassadeur Gambari est crucial mais l’implication du Secrétaire général est fondamentale à l’heure actuelle.

4° De la même manière, nous appelons les gouvernements russe et chinois à ne pas user de leur droit de veto au sein du Conseil de sécurité des Nations unies lors de l’adoption d’une résolution sur la Birmanie. Nous souhaitons cependant réaffirmer notre volonté de travailler avec la Chine et la Russie. Nous considérons ces pays comme amis et leur demandons humblement de bien vouloir faire preuve de compréhension à l’égard de notre situation critique.

Aussi longtemps que l’effectivité des actions de la Communauté internationale sera retardée, la Birmanie continuera à être une société privée de droits et le régime poursuivra impunément la torture et l’assassinat systématique de manifestants pacifiques. Nous insistons sur le fait que l’absence de réelles mesures et pressions internationales en Birmanie assure à la junte militaire birmane un véritable permis de tuer.

Les Etudiants de la Génération 88

Tun Myint Aung

Nilar Thein

Soe Htun

 

Publié dans Militer

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