On en parle peu

Publié le par Alluvions

TEMOIGNAGE
Paroles d’infirmières

Début des années 1980. Les hôpitaux accueillent les premiers malades du sida. Infirmières et aides-soignantes se mobilisent à l’instar des chercheurs, des médecins et des patients eux-mêmes.

En 20 ans, comment les infirmières ont-elles évolué ? Les méthodes de travail ont-elles changé ? Qui sont les nouveaux soignants aujourd’hui impliqués dans la lutte contre le sida ?

Dans le cadre des 13èmes Assises et du 8ème Congrès national de la Société française de lutte contre le sida, qui se sont tenus à Strasbourg les 11 et 12 octobre 2007, un atelier-rencontre infirmier(e)s / aides-soignant(e)s a tenté de répondre à ces questions.



Les débuts de l’épidémie

Je suis arrivée au début des années 1980 en maladies infectieuses, explique une infirmière de l’hôpital Paul-Brousse à Paris. A l’époque, il y avait une grande solidarité des équipes soignantes. Nous recevions beaucoup de personnes en fin de vie avec des diarrhées à répétition. Elles ne pouvaient pas manger seules, il fallait les aider pour tout. Ces gens cachaient leur maladie. La famille découvrait la séropositivité d’un fils ou d’un frère au moment du décès. Nous étions presque toujours le seul recours des malades. Le fait de leur tenir la main, c’était important. Aujourd’hui, les conditions sont très différentes grâce aux trithérapies. Les patients ont réappris à vivre, à faire des projets. La prise en charge a complètement changé.

Une infirmière de Bourges ajoute : En 1992, les malades étaient hospitalisés plusieurs mois. L’équipe soignante remplaçait l’entourage souvent absent. Les trithérapies ont entraîné une chute brutale de la mortalité et ont permis le retour à une vie sociale et professionnelle. Aujourd’hui, les patients veulent vivre comme tout le monde. Je trouve qu’il est plus difficile de les faire venir en consultation. Le secret sur la séropositivité existe toujours, peut-être même plus qu’avant. Quand on les appelle, ils ne veulent pas qu’on dise leur nom. Ils trouvent que le milieu médical est très discriminant.

Au départ, selon une infirmière de Tours, on a beaucoup cocooné les séropositifs. Nous avions avec eux une relation particulière que nous n’avions pas avec les autres patients.

Les méthodes de travail ont-elles changé ?

Là où je travaille, nous avons mis en place une consultation d’observance avec un lieu d’écoute. Le secret est partagé entre le médecin et l’infirmière. Je crois qu’en 20 ans le rôle des infirmières a beaucoup évolué. Nous sommes beaucoup plus entendues qu’autrefois. Le VIH a beaucoup fait avancer les choses dans ce domaine.

A Montpellier, l’équipe des infirmières et des aides-soignantes n’a pratiquement pas changé en 20 ans. Nous sommes à présent dans une démarche relationnelle avec une sexologue, une psy, une diététicienne…

En 20 ans, les infirmières ont développé des compétences formidables. Du coup, on nous retire des postes techniques. Or il faut garder ces postes car on ne sait pas ce que sera le VIH demain, indique une infirmière de Montpellier. Je regrette d’autres changements, ajoute une autre : En activité depuis 7 ans en maladies infectieuses, je ne peux plus faire autant de soins qu’avant car les tâches administratives ont pris le dessus.

Grâce au VIH, l’infirmière est devenue plurielle : soins, écoute, partage avec les aides-soignantes, le médecin, l’assistante sociale, le psy, les associations… Il y a une complémentarité et un partenariat des soins. Le rôle des associations, on l’a moins vu dans les autres pathologies.

Nous vivons actuellement des changements importants avec la mise en place des pôles d’activité. Un jour, nous sommes dans tel service et le lendemain nous devons aller travailler dans un autre. Je pense que les infirmières ne sont pas interchangeables. Elles ne peuvent pas voir un patient un jour et ne plus le voir le lendemain parce qu’elles ont été envoyées ailleurs.

Dans le VIH, il y a un rapport à l’intime, dit une jeune infirmière. On rencontre aussi beaucoup d’étrangers, ce qui permet d’être en contact avec des cultures différentes. Je suis par ailleurs très étonnée de voir des patients très bien informés sur leurs traitements. Tous ces aspects extrêmement motivants me confirment dans mon désir de travailler dans le secteur du VIH. Une autre raconte une anecdote récente : Dans le premier service où je travaillais, un médecin a dit à un patient : « Vous allez bien . ». Une fois la personne partie, ce médecin a déclaré à la volée : « Celui-là, il en a pour trois mois. ». Quand on est jeune infirmière, on prend ça en pleine figure. Dans le VIH, il y a une confiance entre le patient et le médecin. Rien n’est caché.

Nouveaux soignants

En Guyane, on sent une méconnaissance de base des modes de transmission du VIH chez les nouveaux soignants. On sent aussi un stress énorme vis-à-vis du risque de contamination. Il faudrait refaire des formations, insiste une infirmière. Une autre, employée au CHR d’Orléans, ajoute qu’une étude réalisée auprès d’élèves infirmières de 2ème et 3ème année a confirmé les lacunes dans la connaissance des modes de transmission du VIH. C’est vrai, reconnaît une jeune infirmière. Matin et soir, j’ai peur de me faire contaminer lors d’un AES (accident d’exposition au sang). En même temps, je comprends les patients qui restent discrets sur leur maladie car le sida fait toujours peur, et fera toujours peur.

On meurt toujours du sida

Je rappellerai d’abord que des malades meurent toujours du sida dans nos services. Ne l’oublions pas. Ensuite, je voudrais faire part d’un sentiment mitigé sur l’évolution de la situation dans nos services. J’ai l’impression qu’il y a moins de cohésion, qu’il y a à nouveau des clivages entre générations. Je ne pense pas que ce soit dû aux nouveaux diplômés. Je crois que nous, les anciens du VIH, nous avons perdu le sens que nous donnions à l’époque à notre activité. Quand on reçoit une nouvelle collègue, ajoute une autre, il ne faut pas l’exclure. Il faut savoir partager son expérience.

Propos recueillis par Alain Miguet pour Sida Info Service

Questions à Sandra Fernandez, infirmière psy, hôpital Jean-Verdier - Bondy
Questions à Sonia Kazolias, aide-soignante, hôpital de la Pitié-Salpêtrière - Paris

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py 16/11/2008 13:10

bonjourje vous presente mon site tout neuf..qui a pour but d'aider les gens qu'on montre du doigtun site de rencontre pas comme les autres !la majeur partie des gains servira à aider la recherche contre  ces pourries de maladiescordialementwww.meyoutogether.com