Lu sur le site de Europe solidaire sans frontière

Publié le par Alluvions

Evenement
Une inauguration trop discrète pour être honnête
10 octobre 2007
La Cité nationale de l’histoire de l’immigration ouvre ses portes aujourd’hui, à Paris. Ni Brice Hortefeux, ni Nicolas Sarkozy n’y assisteront.

Pourquoi un tel silence ? La question flottera ce matin lors de l’inauguration de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Installé à Paris, dans le palais de la porte Dorée - qui abrita, en d’autres temps, le musée des Colonies -, espéré depuis vingt ans, initié depuis six, engagé depuis trois, le musée consacré à la grande histoire des Français du temps où ils le devenaient ouvre enfin ses portes au public. Aujourd’hui, à 10 heures. Sans pompes, ni fastes, ni ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement. Brice Hortefeux est en Espagne, pour la journée. Sans même, a priori, le président de la République, pourtant habituellement voyant lors des cérémonies publiques. Nicolas Sarkozy est à Moscou.

Bref, une inauguration discrète pour un lieu symbolique. Maladresse ? « Nicolas Sarkozy ne fait rien sans raison, estime l’historien Patrick Weil. Le fait qu’il ne participe pas à l’inauguration d’un musée qui retrace l’histoire de 25 % des Français n’est pas anecdotique. » Directeur de recherche au CNRS, il fut, jusqu’au printemps dernier, membre du Conseil scientifique de la Cité. En mai, avec sept de ses confrères, il en démissionnait afin de protester contre la création d’un ministère associant immigration et identité nationale. « Nous pointions les contradictions d’un tel ministère avec la vocation portée par la Cité », explique Patrick Weil. Une contradiction qui persiste dans la discrétion d’un gouvernement gêné par cette nouvelle institution, dont le discours dérange les politiques en construction. « Ce musée permet aux jeunes de saisir leur histoire à travers celles de leurs parents ou de leurs grands-parents, poursuit l’historien. Il permet à chacun de les faire siennes et de mieux comprendre l’apport de l’immigration. »

« Cette Cité est un contre-projet aux politiques migratoires », note de façon similaire Réza Hazard, architecte, qui compta parmi les initiateurs du musée quand celui-ci n’était encore qu’à l’état de préprojet. « Il décortique les identités des migrants et montre par exemple que ce n’est pas l’immigration choisie qui a construit ce pays… » Un contre-feu, en quelque sorte, au projet de loi sur l’immigration en discussion au Parlement.

Ce n’est pas la première fois que la polémique surgit, portant sur la fausse volonté du gouvernement Sarkozy de réaliser ce projet. Certains parlent de blocages masqués de la part du ministère de l’Intérieur. D’autres évoquent les freinages chroniques et concrets des ministères de la Culture successifs.

Driss El Yazami, l’un des coauteurs du rapport commandé par Lionel Jospin en 2002, quelques mois avant que la droite ne revienne au pouvoir, écarte la polémique, heureux de voir le projet enfin réalisé après vingt ans d’attente, et satisfait de sa qualité pédagogique et historique. Avis partagé par la Ligue des droits de l’homme, qui entend justement s’en réapproprier la vocation. L’organisation appelle, ce matin, à un rassemblement devant le musée. « Puisque les officiels refusent de l’inaugurer, nous le ferons, nous », lance Sylvie Boitel, de la LDH du 12e arrondissement. « Aux citoyens de reprendre en main ce lieu d’histoire. »

* paru dans l’Humanité du 10 octobre 2007.

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