Christine Boutin s’était offert les « Réunions de Chantier » : des centaines de milliers d’euros pour installer un chapiteau à Lyon et faire son cirque,
tout ça pour définir une politique qui consiste à matraquer systématiquement les mal logéEs et subventionner les destructions de logement.
Décidément leurs ministres coûtent cher aux pauvres, puisque Martin Hirsch a décidé à son tour de s’offrir son grand barnum, baptisé « Grenelle de
l’Insertion ».
Concrètement, à quoi peut servir le Grenelle alors que les deux réformes, dont il s’agit soi-disant de débattre, sont déjà entrées en vigueur ?
Un RSA destructeur des droits
Le Revenu de Solidarité Active (RSA) est déjà institué dans quarante départements : derrière le logo, c’est en fait
une seconde réforme du cumul minima/salaire qui intervient moins de trois ans après celle entérinée par le plan de Cohésion sociale de 2005. Celui-ci, annoncé comme une amélioration notable de
la situation des allocataires du Rmi et des autres minima qui reprenaient un emploi, n’a fait qu’aggraver leur précarité, avec la mise en place de dispositifs complexes et inégalitaires,
notamment la prime de retour à l’emploi.
Comment en serait-il différemment pour le RSA, encore plus complexe, encore plus inégalitaire puisque le revenu dévolu à celles et ceux qui reprennent une activité changera
désormais d’un département à un autre, voire d’une commune à une autre, mais aussi d’une personne à l’autre dans une même zone ? Quand on sait le nombre d’erreurs liées aux règles des
contrats aidés et de la dernière réforme de l’intéressement, avec son cortège de trop perçus à rembourser, de justificatifs à envoyer et à réenvoyer, de droits perdus ou diminués
automatiquement en cascade, comment ne pas craindre une multiplication à la fois des erreurs administratives et du contrôle sur la situation et les moindres ressources, y compris en nature, des
précaires « expérimentantEs » ?
Un Contrat Unique d’Insertion trompeur
La réforme des contrats aidés, présentée sous le nom trompeur de Contrat Unique d’Insertion, est, elle aussi opérationnelle et ce depuis la décentralisation du RMI aux
Conseils Généraux : il n’y a pas de Contrat Unique, mais dans chaque département la possibilité ouverte aux Conseils généraux de modifier la législation applicable en termes de durée du
contrat, de subventionnement aux employeurs, de volume horaire. Bref l’instauration de contrats sur mesures, au gré des besoins des employeurs, public ou privé, et des salariéEs condamnéEs à la
précarité perpétuelle et à l’incertitude sur leurs droits.
Concrètement, en quoi le Grenelle pourrait-il être utile aux concernéEs (manifestement représentéEs par DEUX « membres du groupe témoin de bénéficiaires
RSA-Eure »), dans la mesure où, centré sur l’insertion professionnelle, il part du présupposé absurde que l’emploi peut répondre seul aux problèmes sociaux ?
Martin Hirsch peut-il ignorer qu’un SDF sur trois travaille ? Martin Hirsch peut-il ignorer qu’il gouverne un pays où le scorbut et la tuberculose sont en voie de
réapparition chez les travailleurs pauvres ?
Comment prendre Martin Hirsch au sérieux ?
Comment un Ministre qui brandit comme un étendard les 35 millions d’euros qui ont été attribués pour la mise en place du RSA pourrait-il être pris au sérieux quand ce sont au
minimum 13 milliards d’euros de cadeaux fiscaux qui dans le même texte de loi, ont été consentis aux plus riches ? Comment un Ministre qui, avec cette somme ne va prendre en charge que la
moitié du coût du RSA, ne se doute-t-il pas que l’autre moitié, financée par les Conseils Généraux, le sera au détriment de l’insertion sociale ou d’autres budgets gérés par ces collectivités
(fonds de solidarité logement, fonds d’aide aux jeunes...) ?
La liste très longue des présents au Grenelle ne peut masquer l’absence des concernéEs qui ont mieux à faire que venir y applaudir la précarisation en marche et la stigmatisation
des allocataires des minima sociaux qui va avec.
L’utopie du contrôle total des pauvres
Si Martin Hirsch se contente de se taire lorsque ses confrères des Ministères emploient le terme péjoratif d’« assistés » à longueur de discours, l’absence
totale au Grenelle de problématiques ayant trait à l’insertion sociale revient de fait à considérer que l’emploi est une obligation immédiate, un préalable à toute prise en compte des problèmes
de santé, de logement, de mobilité, de formation, et que celui qui en est privé ne peut prétendre à rien.
Ce que ce Grenelle doit sanctifier, c’est un projet global de société : celui des utopies du contrôle total des pauvres, celui du travail obligatoire pour la masse de celles
et ceux qui ne sont pas néEs avec une cuillère d’argent dans la bouche, la substitution de la charité au droit du travail et aux droits sociaux.
Les notables locaux, comme les représentants des employeurs ultra subventionnés du secteur de l’insertion par l’activité économique -qui avancent souvent masquées derrière la
raison sociale d’associations caritatives voire de « solidarité »- pourront en tout cas difficilement faire abstraction du contexte dans lequel se tient le Grenelle, à un
moment où des millions de salariés et précaires, en emploi ou non, en entreprise, à l’université ou à la retraite exigent, mobilisés en masse, la seule réforme susceptible d’améliorer leurs
conditions de vie : une autre répartition des richesses.
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